Souffrance mémorielle : de Maurice Audin à Pétain !

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La reconnaissance, par Emmanuel Macron, de la responsabilité de l’État dans l’enlèvement, la torture et l’assassinat de Maurice Audin, le jeudi  13 septembre 2018 apparaissait de bonne augure quant à la qualité des commémorations du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918….
l’éditorial de Malik SALEMKOUR, président de la LDH, le 05 octobre 2018:
EXTRAIT /

Maurice Audin : Tirer les leçons de l’Histoire.
« La reconnaissance par le président de la République de la responsabilité de l’État dans l’enlèvement, la torture et l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français à Alger, en 1957, durant la guerre d’Algérie, est d’une grande importance politique et symbolique. Elle doit être saluée comme telle.

Elle met fin à un mensonge d’État de plus de soixante ans, rendant enfin son honneur et sa dignité à un militant de l’indépendance algérienne. Cette confirmation officielle est à mettre à l’actif de la persévérance inlassable de toutes celles et ceux qui n’ont jamais abandonné.
La LDH, sous l’impulsion de ses présidents, particulièrement Daniel Mayer et Madeleine Rebérioux, peut être fière d’avoir activement participé à la demande de vérité sur cet assassinat. » … / ….
La suite ICI

La lecture attentionnée de cet éditorial aurait du aider le président de la République dans son itinérance mémorielle. Macron aurait-il voulu faire un lien entre  la guerre de 14-18 , la « Der des Der »   et la guerre d’Algérie, le dernier conflit  du XX ème siècle où, la République Française  a envoyé les « pioupious » du contingent dans une guerre qui ne voulait pas dire son nom, nul n’aurait pu, plus mal s’y prendre !
Commémorer ce centenaire  en associant  les peuples de toutes les nations  meurtries par ces guerres  pour une allégorie mondiale à la Paix, eut été plus digne pour la France, 3ème vendeur d’armes dans le monde, si le président de la République mêlant confusément cérémonies patriotiques et visées électoralistes, n’avait préféré réactiver Maurice Audin en même temps que Pétain et inviter officiellement  lors de ces commémorations des dirigeants qui baignent dans des conflits sanguinaires et dont les velléités démocratiques sont le cadet de leurs soucis.
Il est vrai que les exemples « d’amitiés » viennent de loin, de Jacques Chirac avec l’irakien Saddam Hussein, de Nicolas Sarkozy avec le libyen Mouammar Kadhafi et donc actuellement Macron avec le saoudien Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, notre meilleur client en armement avec la bénédiction des « capitaines  d’industrie » et autres « maréchaux de la finance » qui de tout temps ont prospéré sur  les théâtres d’opérations militaires et dont le Yémen pâtit aujourd’hui.
Exit les gueules cassées, les fusillés pour l’exemple, les régiments étrangers ( CLIC/ Hommage aux anciens combattants sénégalais / Michel Brunet chaine YOU TUBE), les Malgré-eux alsaciens et lorrains, les gazés, les résistants de l’ombre, les réfractaires, les pacifistes, les assassinés, les disparus, les harkis, les réfugiés, exit le peuple, exit la chair à canon, pour faire place nette  au Grand Mystificateur de l’Histoire et à son armée de terre cuite non plus En Marche mais enterrée.
Du grand Timonier au petit canotier, il y a du MAO dans MACRON…., le péril Jaune sonnera-t-il le glas de la V ème République ?
L’ Histoire retiendra-t-elle que la longue (marche) itinérance mémorielle de Macron, perdu dans son errance démocratique ainsi que dans sa méconnaissance de la réalité de l’Histoire de France, aura été aussi un des éléments déclencheur de la « Jacquerie » des gilets jaunes ?
La « ré-évolution » passera nécessairement par un retour aux urnes car, quoiqu’on en disent, s’occuper de la « chose publique », c’est faire de la politique !

Pétain ! Il a dit Pétain ? Ô Putain !

  • Pétain, frappé d’indignité nationale, condamné à mort, n’a plus droit à sa distinction militaire de Maréchal de France.
  • Pétain, le représentant du régime de Vichy  qui accepta de collaborer avec l’Allemagne nazie, y compris dans le cadre de la déportation des juifs et autres prisonniers de France vers les camps de la mort.
  • Pétain  écrasant l’insurrection dirigée par Abdelkrim et mettre fin en 1926 à l’éphémère République autoproclamée du Rif au Maroc.
  • Pétain et l’itinéraire des collabos réchappés de l’Épuration. La droite nationaliste violente post-Seconde Guerre mondiale née des débris de la Collaboration, Les Plastiqueurs.
  • Macron réhabilite la fable puérile du roman national… avec Pétain?
    La  chanson de Craonne :

    Adieu la vie, adieu l’amour,
    Adieu toutes les femmes.
    C’est bien fini, c’est pour toujours,
    De cette guerre infâme.
    C’est à Craonne, sur le plateau,
    Qu’on doit laisser sa peau
    Car nous sommes tous condamnés
    C’est nous les sacrifiés
    Ceux qu’ont l’ pognon, ceux-là r’ viendront,
    Car c’est pour eux qu’on crève.
    Mais c’est fini, car les troufions
    Vont tous se mettre en grève.
    Ce s’ra votre tour,messieurs les gros,
    De monter sur l’ plateau,
    Car si vous voulez la guerre,
    Payez-la de votre peau !

    La chanson de Craonne sur You Tube

Qui était Maurice Audin ?

Maurice Audin, jeune militant communiste militant de l’indépendance algérienne avait disparu en pleine bataille d’Alger, en juin 57. Arrêté par des militaires français, il n’a jamais reparu.
Le 13 septembre dernier Emmanuel Macron à reconnu la responsabilité de la France dans cette disparition. L’affaire Maurice Audin ICI

Des « Maurice Audin » par milliers !

Site créé par l’Association Maurice Audin et histoirecoloniale.net, avec le soutien de l’Humanité, Mediapart, Politis, Témoignage chrétien et El Watan, et des associations Mrap, LDH, Acca, Sortir du colonialisme.
Des « Maurice Audin » par milliers :

« Maurice Audin, les disparitions, la torture comme système organisé de terreur.
61 ans après les faits, le Président de la République, dans une déclaration remise  à Josette Audin et à ses enfants Michèle et Pierre, reconnaît la responsabilité de l’État dans l’enlèvement, la torture, l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français.
Il dénonce la responsabilité du système politique qui a institué la torture comme outil de terreur contre les combattants de l’indépendance de l’Algérie.
Il décide l’ouverture des archives et fait appel aux témoignages pour faire la vérité sur les «disparus», Algériens et Français.  Cette déclaration a une portée historique considérable. Elle permet également de poursuivre la tâche indispensable du rapprochement des peuples algérien et français.
L’association Maurice Audin, qui s’est donné comme objectif la poursuite du combat mené dès 1957 par le Comité Audin, salue cet acte essentiel.
Elle exprime sa gratitude à celles et ceux qui ont contribué à faire éclater la vérité : les historiennes/historiens, les journalistes et leurs médias, les parlementaires, les militants politiques et élu/es, les membres de l’association Maurice Audin… / ….
La réalisation, par la Ville de Paris, d’un cénotaphe Maurice Audin au cimetière du Père Lachaise contribuera à inscrire durablement cette vérité dans la mémoire nationale.
L’association appelle les collectivités (communes, départements etc…) à attribuer le nom de Maurice Audin aux rues, places, équipements publics afin de contribuer à ce que ce système de terreur ne soit jamais reproduit.
L’association Maurice Audin poursuivra son combat pour que tous ceux, français et algériens, qui furent comme Maurice Audin, victimes de ce système politique, torturés et assassinés, soient identifiés et reconnus et que leurs corps puissent être retrouvés. »

Ébéniste, anar, musicien : Michel Ferchaud

Michel FERCHAUD était un ami de Là-bas..

Michel Ferchaud

Michel Ferchaud

« Il a fait la guerre d’Algérie, Michel. Il a sauvé des soldats et des populations. Il a eu une médaille pour cela, valeur militaire avec étoile de bronze. Mais Michel Ferchaud n’en veut plus de cette breloque dont on l’a honoré et qui n’est que le mauvais souvenir d’une guerre qui a sali ses vingt ans. Depuis, il a la rage et le raconte dans un livre où se mêlent musique et chansons, les gens simples, la Loire et les ébénistes parisiens du faubourg du temple. C’était une époque. Celle de beaucoup de nos pères et grands-pères. De petites histoires pour écrire la grande. »
Un signe que cette mémoire était passée sous silence, c’est l’absence de chansons sur cette histoire à l’époque, et encore moins sur les insoumis.  Je vous rends ma médaille (EXTRAIT chanson)

Mort étrange d’un insoumis  sur La-Bas  ICI 1 de 2 et ICI 2 de 2. (reportage de Sylvie COMA)

I/ Guerre d’Algérie :
«  Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

Mardi, 11 Septembre, 2018  –     Maud Vergnol
Dans la foulée des publications de l’Humanité sur l’affaire Maurice Audin, un lecteur du journal a voulu lui aussi raconter les exactions commises par l’armée française pendant la guerre d’Algérie.  Un témoignage courageux, qui rappelle que les plaies de cette sale guerre ne sont toujours pas refermées.
Charles CasteraIl entend encore les cris des femmes dans la casbah. L’image d’un corps violé ne l’a pas quitté. Charles Castera a 84 ans. Militant communiste, syndicaliste à la CGT, lecteur de l’Humanité, il s’est manifesté au début de l’été après avoir lu les articles publiés cette année sur Maurice Audin (voir dossier sur humanite.fr)…. /….
Charles, lui, n’a pas voulu garder l’anonymat.    « De quoi aurais-je peur à mon âge ? »

 Son histoire est celle de toute une génération qui a eu 20 ans dans les Aurès. Puis qui s’est murée dans le silence et la honte…. / … Il découvre un autre monde, la beauté des paysages algériens, la camaraderie entre gosses de 20 ans …
« Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait. » …. /…. 
Tu réalises non seulement que tu risques ta vie, mais que tu vas assister à des choses terribles.

    « Aux Tourelles, Charles croise tous les protagonistes de l’Affaire Maurice Audin. »

    Tout bascule autour de l’année 1957, avec le début de la bataille d’Alger, quand il est affecté comme chauffeur à la tristement célèbre villa des Tourelles, à Hydra, sur les hauteurs de la ville blanche. Ici, « le cas de ceux qui y entraient était considéré comme assez grave pour qu’ils n’en sortent pas vivant, avouera, en 2001, Paul Aussaresses. …. / …. Charles est loin de s’imaginer les exactions commises presque sous son nez.  La voix de Charles Castera commence à trembler, « J’ai du mal à me rappeler les détails de la villa…/….

Babaye (au milieu)

C’était l’OMERTA totale ! Et ces salauds savaient  »travailler » en toute discrétion.» … / …  Tous sont sous les ordres  du fameux lieutenant Garcet (l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin (*), et agissent pour le compte d’Aussaresses…. / ….
Et puis il voit débarquer auprès du groupe de sous-officiers un collaborateur harki, appelé Babaye (voir photo), lui aussi désigné, notamment par Aussaresses (*), comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin…. / ….

« Ça me soulage, c’est la première fois que j’en parle comme ça 
…/….
Ça me soulage un peu de te raconter ça…. / …..

 J’y repense toujours quand je vois des reportages sur les guerres…. / ….
 C’est la première fois que j’en parle comme ça…. / … »
Et puis face à l’omerta, Charles s’est tu lui aussi. Comme près de 2 millions d’appelés. Il a préféré tenter d’oublier. Mais le refoulé a fait son grand retour. Depuis le début des années 2000, les mécanismes de fabrication de l’oubli se sont enrayés. Et les appelés, comme la société française, sont fin prêts à regarder l’histoire en face.

Maud Vergnol

(*) Dans le livre de Jean-Charles Deniau, ‘la vérité’ sur la mort de Maurice Audin, Aussaresses, dont les aveux sont sujets à caution, affirme que Babaye aurait enterré le corps de Maurice Audin.
N.B.  La guerre d’Algérie est un conflit armé qui s’est déroulé de 1954 à 1962 en Algérie, colonie française depuis 1830, divisée en départements depuis 1848. L’aboutissement est la reconnaissance de l’indépendance du territoire le : 5 juillet 1962.

II/ Avoir dû abandonner l’Algérie en 1962, et dans quelles conditions ?
Une plaie toujours ouverte!

Septembre 2018 – Par F.M. (NDLR / anonymat demandé par mon correspondant)

« Je porte encore dans mon cœur ces paysages, ces odeurs, cette lumière, cette joie de vivre et de partage qui ont bercé mes premières années et qui sont à jamais gravés dans ma mémoire.
Né en 1950, dans une famille de Français installés dans la région d’Oran depuis 3 générations, je considère toujours, aujourd’hui, que si la France est ma mère Patrie, l’Algérie est mon Pays.
En effet, dans l’esprit d’un gamin de 11 ans, n’étais-je pas chez moi à Oran où sur les énormes rochers constituant la digue du port était écrit, en immenses lettres blanches,
« ICI LA FRANCE » ? 
Le drapeau français ne pavoisait-il pas fièrement les bâtiments officiels, mais aussi les balcons de la ville ?
A la différence des protectorats tunisien et marocain, ou bien de l’Indochine, nos grands hommes politiques de l’époque, de gauche – Mendès-France, Mitterrand – comme de droite – le général de Gaulle – n’avaient-ils pas déclaré aux yeux du monde que l’Algérie, c’était la France?
N’avais-je pas appris sur les bancs de l’école de la République, assis côte à côte avec mes camarades juifs comme musulmans, que cette terre était française depuis 1830, alors que le comté de Nice n’avait été annexé par la France qu’en 1860 ?
Les anciens combattants Algériens de la deuxième guerre mondiale ne défilaient-ils pas nombreux devant la Légion, chaque 14 juillet, sur les boulevards de Sidi-bel Abbès, ma ville natale, en arborant fièrement leurs médailles sur leur djellaba, démontrant ainsi leur attachement à la France ?
Notre armée ne contrôlait-elle pas les villes et les campagnes alors que les fellaghas, ces rebelles du FLN, étaient quasiment anéantis ?
En février 1961, le nombre de Français de souche nord-africaine (FSNA), appellation désignant les Algériens musulmans à l’époque, engagés dans l’armée ou l’État français, n’était-il pas estimé à environ 250 000 personnes (*1) tandis qu’il restait moins de 20.000 « rebelles » mal armés sur le terrain, preuve que la grande majorité des Algériens soutenait la présence de la France en Algérie.
Oui, pour moi, comme pour la très grande majorité des pieds-noirs, et n’en déplaise à certains, pour beaucoup d’Algériens, la France était chez elle en Algérie, et pour toujours… Le développement de la Métropole et celui de ses départements d’Algérie étaient interdépendants. Cela ne faisait aucun doute ! Il suffisait de regarder autour de soi.
Mais la politique est passée par là et à l’occasion des vacances scolaires de pâques 1962, j’ai dû, avec ma mère et mon frère, une valise à la main, abandonner ma maison, mes camarades d’école, mes jouets, sans trop bien comprendre pourquoi. Nous nous sommes retrouvés tous les trois dans une chambre d’hôtel à Paris, en attendant que mon père nous rejoigne. La foudre s’était abattue, alors que le ciel était tout bleu !
Comme rapatrié, je découvrais soudain une France marquée par la guerre d’Algérie, mais pas comme je l’avais été moi-même. Ces Français-là nous accueillaient souvent mal, parce que des dizaines de milliers d’appelés du contingent avaient été envoyés dans les Aurès “à cause de nous”; parce que l’OAS avait commis des attentats en métropole et qu’on nous tenait pour responsables ; et parce que des généraux avaient organisé un putsch un an plus tôt contre la République.
L’hostilité a été amplifiée par une certaine presse et par la propagande communiste, qui nous présentaient tous comme des «colons»: propriétaires latifundiaires exploitant de pauvres fellahs ou bourgeois nantis dont les Arabes ciraient les chaussures aux terrasses des cafés. En réalité, les trois quarts des Français d’Algérie avaient des revenus inférieurs de 20 % à ceux des métropolitains. Et les riches que le PC brocardait ne représentaient que 3 % des pieds-noirs. Alors que mes nom et prénom avaient une consonance bien française, certains, dans ma nouvelle classe parisienne, disaient que j’étais un arabe, un sale étranger ou bien un fils de colon, horrible esclavagiste.
Oui, aujourd’hui la plaie est toujours ouverte quand je vois ce qu’est devenu l’Algérie, si riche notamment, en gaz et en pétrole, mais dont une partie de la jeunesse ne pense qu’à émigrer en France pour des raisons économiques (et peut-être aussi pour éviter un service militaire trop pénible …).
Enfin, ma plaie n’est pas prête de cicatriser quand je constate que les mêmes bien-pensants qui avaient si mal accueilli leurs compatriotes rapatriés en 1962 ne ménagent pas leurs efforts pour faciliter aujourd’hui, avec un esprit de repentance, l’arrivée de migrants d’un pays qui, au final, a rejeté la France et dont certains ressortissants cherchent à nous imposer, chez nous, avec une certaine arrogance, leur mode de vie et leur religion sans chercher le moins du monde à s’intégrer ou s’assimiler .

Que dire, pour terminer, de la commémoration par certains du « massacre » du 17 octobre 1961 (*2), alors qu’ils se gardent bien d’évoquer la tuerie, après le cessez-le feu signé à Évian, de près de 3 000 européens à Oran le 5 juillet 1962 (*3), et l’assassinat de harkis par le FLN dont le nombre estimé, de sources officielles, varie entre 10 000 et 150 000 de 1962 à 1964.

F.M.

(*1) Français de souche nord-africaine (FSNA) répartis entre :

  • 217 000 Algériens dans l’armée régulière ou supplétifs (57 000 harkis, 9 100 GMS (gardes mobiles de sécurité), 19 450 moghaznis, 65 850 gardes d’autodéfense dont 29 270 armés répartis en 2 107 groupes et 65 600 appelés et engagés) ;
  • 33 000 Algériens inscrits dans la vie politique et l’administration (un ministre, 46 députés sur un total de 67 pour l’Algérie, 350 conseillers généraux sur un total de 452, 11 550 conseillers municipaux sur un total de 14 000 et 20 000 fonctionnaires dont un préfet et plusieurs sous-préfets).

(*2) 17 octobre 1961 : Nuit tragique à Paris.
Extrait article publié dans Hérodote en 2011.

Sept ans après la « Toussaint rouge », trois ans après l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir, l’indépendance de l’Algérie apparaît inéluctable. Pourtant, la France est plus perturbée que jamais par cette décolonisation qui n’en finit pas. La guerre s’est même transportée en métropole. Il n’y a pas de jour sans que des militants algériens soient assassinés par des militants de factions rivales, pas de semaine sans que des policiers soient également assassinés.
La tension entre policiers français et indépendantistes algériens culmine avec la manifestation meurtrière du mardi 17 octobre 1961.

Montée des tensions

Au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine sous les balles des commandos du FLN (Front de Libération Nationale), l’un des mouvements qui revendiquent l’indépendance des trois départements algériens. Les syndicats de policiers réclament davantage de fermeté de la part du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Le 5 octobre, celui-ci demande aux travailleurs algériens de ne plus circuler de nuit dans la capitale. Il autorise aussi l’interpellation de tout musulman de jour comme de nuit.
Pour protester contre ce couvre-feu discriminatoire, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre, à 20h30, sur les Champs-Élysées. Une manifestation nocturne à deux pas du palais de l’Élysée et de l’Assemblée nationale, avec une police chauffée à blanc par les attentats dont elle a été victime, c’est le drame assuré ! Le FLN veut user de cette provocation pour prendre le dessus sur le mouvement rival du MNA. Il ne lui déplairait pas non plus que la France soit mise en accusation sur la scène internationale.

Le drame survient comme prévu. Les forces de l’ordre affrontent sans ménagement les manifestants et les embarquent vers les commissariats. Des manifestants seraient même jetés dans la Seine ! On parle de 30 à 300 morts, mais rien ne vient corroborer cette assertion. Ainsi ne retrouve-t-on sur le pavé ou dans l’eau aucun cadavre. Bien plus tard, en 1998, une commission d’enquête constituée par le Premier ministre Lionel Jospin conclura à un total de 25 corps de Nord-Africains déposés à la morgue dans les semaines qui ont suivi mais dont deux ou trois seulement auraient pu périr dans la nuit du 17 octobre. La différence vient de l’imprécision des témoignages, des exagérations (on a cru voir des corps qui auraient dérivé sur la Seine jusqu’aux écluses), des insuffisances des enquêtes (on a assimilé à des victimes des personnes qui ont préféré disparaître dans la nature) etc. (…).

NB : les archives officielles relatives à cet évènement ne seront accessibles qu’en 2021. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on connaitra la vérité des faits qui se sont déroulé sur le terrain.

(*3) Tuerie perpétrée par une foule en délire venue des faubourgs, notamment du Village-Nègre, surgie en plusieurs points de la ville. Civils armés et soldats Algériens mêlés. Les couteaux sont tirés. Et utilisés. Les armes à feu aussi. La suite ? – des Français désarmés, fusillés comme des lapins, poignardés comme des thons, enlevés comme des pucelles par des Huns, brûlés vifs comme des hérétiques, pendus à des crochets de bouchers, torturés de façon atroce… Tout cela en temps de « paix ».

III/Quelques considérations sur la guerre d’Algérie.
Par Jacques Cros (son blog ICI)

ces jeunes soldats sont en prison Dans leur immense majorité les appelés du contingent qu’on a envoyés faire la guerre en Algérie étaient loin d’être enthousiastes et s’il n’y avait eu que des volontaires il n’y aurait pas eu grand monde !
Sur le terrain l’état d’esprit a varié entre les individus, les périodes, les lieux, les affectations, les événements. Certes le slogan « La quille bordel ! » était celui de tous mais le racisme à l’égard des Arabes pouvait aller bon train, chacun reportant sur plus faible que lui ce qu’on lui faisait subir.
Être un soldat du refus était un statut pratiquement impossible à gérer pour l’appelé Lambda et ceux qui ont eu le courage d’exprimer ainsi leur opposition à la guerre ont beaucoup souffert. Ce n’était sûrement pas à la portée de tous et ceux qui ont assumé un tel choix ont beaucoup de mérite mais n’avaient aucune chance d’être suivis par l’ensemble d’une classe d’âge.
La prise de conscience qu’il n’y avait aucun espoir de gagner cette guerre coloniale, anachronique et injuste, a fait son chemin dans les esprits. A preuve l’attitude du contingent lors du putsch des généraux félons en avril 1961 qui a permis que la France ne bascule dans une dictature militaire comme on en a connu, en Espagne, au Portugal, en Grèce ou ailleurs.
Ce que je crois être l’essentiel dans l’affaire c’est qu’à 22 ans, on a encore la vie devant soi et qu’évacuer une période, certes à des degrés divers, difficile pour tous, était sans aucun doute la meilleure attitude pour affronter la suite.
Il faut ajouter que le silence radio des médias n’encourageait pas à la prise en considération de ces épisodes si peu glorieux de notre histoire collective !
Plusieurs se sont retrouvés au sein de la FNACA qui, si elle n’a jamais accepté d’analyser ce qu’a été la guerre d’Algérie, a permis des échanges, des rencontres à caractère souvent festif et a présenté les revendications de ceux qui avaient perdu une partie de leur jeunesse, et quelquefois plus, dans l’aventure. 
Il ne me semble pas que les anciens d’Algérie aient le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’utile. Pour la plupart ils estiment qu’engager cette guerre et la prolonger pendant plus de sept ans n’avait guère de sens.
Peut-être que l’âge favorise le retour sur ce qui s’est passé il y a plus de cinquante ans ? Peut-être aussi que la campagne soulevée auprès de l’opinion publique sur la réalité de la torture que pratiquait l’armée et qui s’est développée au début des années 2000 a contribué  à délier les langues et les claviers ?
Quoi qu’il en soit le mutisme n’est plus la règle et nombreux sont ceux qui ont apporté leur témoignage, leur contribution à un débat qui reste ouvert et qui, situant les responsabilités, devrait être profitable aux jeunes générations.
La FNACA aurait pu se saisir de cette situation nouvelle pour analyser les événements que ses adhérents ont vécus. Sa vocation est en effet de prendre en charge les intérêts matériels et moraux de ses adhérents. Ceux-ci, dans le meilleur des cas, ont gâché de longs mois de leur jeunesse dans cette aventure. Pour certains cela fut beaucoup plus.
Dans un article paru dans le numéro 570 de « L’Ancien d’Algérie », l’organe de cette fédération d’anciens combattants, le rédacteur en chef de ladite revue se penche sur cette actualité. Mais il n’a pas, c’est l’évidence, saisi l’opportunité du fait historique que nous avons pour notre part enregistré. Que le chef de l’État reconnaisse la responsabilité de la France dans les drames qui ont accompagné la guerre d’Algérie lui a échappé.
Il s’intéresse à une question annexe qui fait diversion par rapport à ce qui me paraît l’essentiel. Quelle a été l’attitude des soldats au cours de cette guerre ? Ce qu’ont vécu les appelés du contingent est variable et dépend de l’époque, du lieu où ils ont été incorporés, de leur affectation, des circonstances… Leurs réactions ont pu être diverses.
Je n’ai personnellement pas eu à participer à des exactions, j’ai pu à l’occasion être témoin de certaines. J’ai par contre pu prendre la mesure de l’ampleur de la misère que générait le colonialisme, forme aggravée de l’exploitation capitaliste, et des résultats de la volonté de domination militaire pour maintenir cet ordre des choses.
Le racisme allait bon train chez les hommes de troupe, la tendance étant de reporter sur plus faible que soit ce qu’ils subissaient.
C’est le même phénomène que l’on observe aujourd’hui quand devant les difficultés sociales que nous vivons, ceux qui n’ont pas conscience de leur cause, s’en prennent aux immigrés rendus responsables de leurs malheurs.
J’ai donc des divergences avec la FNACA, ce que j’avais noté depuis des temps. Ne serait-ce pas plus pertinent de se saisir de l’affaire Audin et de la déclaration de Macron, quelles qu’en soient les motivations, à propos de la responsabilité de la France dans les drames qui ont accompagné la guerre d’Algérie plutôt que de faire diversion sur le sujet en abordant des effets seconds ?  
C’est l’interrogation que je livre à la réflexion de chacun.

C’était en 2001 et la réalité de la torture pratiquée par l’armée française qui faisait à cette époque débat dans l’opinion publique a été abordée au cours de la réunion du comité de Béziers à laquelle j’avais été invité. La réaction de la salle m’a éclairé sur mon désaccord.
J’ai regretté que la FNACA n’analyse pas clairement la nature de la guerre d’Algérie, une guerre coloniale, produit d’un capitalisme conquérant.
Que faisaient les appelés du contingent dans cette galère ? Cela n’a jamais été explicité.
La FNACA est marquée par son caractère « ancien combattant » qui refuse de situer les responsabilités de ceux qui nous ont fait perdre de longs mois de notre jeunesse et provoqué plus de dégâts encore pour certains d’entre nous.
Les événements qui se sont déroulés à Béziers le 14 mars 2015 ont confirmé les carences de la fédération. Si quelques adhérents ont participé au contre-rassemblement organisé lors de l’opération menée par le maire de Béziers qui consistait à changer le nom de la rue du 19 mars 1962 pour le remplacer par celui d’un officier putschiste, la FNACA n’était pas présente es-qualité.
Cela a posé quelques problèmes parmi ses membres et on a assisté au refus de certains de reprendre leur carte. Les gens font selon leurs convictions, j’ai choisi pour ce qui me concerne de faire entendre la voix de la justice et de la paix. Je le fais en dehors de l’organisation qui regroupe la majorité de ceux qui ont souhaité s’engager dans une organisation d’anciens combattants. Je n’ai pas du tout le profil de la chose !
A noter que dénoncer la logique du colonialisme, et la guerre d’Algérie qui avait pour objectif de le maintenir, aiderait à combattre le racisme et la xénophobie utilisés par les tenants du capitalisme pour dévoyer la prise de conscience des citoyens sur les responsabilités dans l’approfondissement de la crise économique et sociale que nous vivons. Sans doute que ceux qui hésitent à s’engager dans cette direction acceptent le système qui la génère et refusent la rupture qui à mes yeux s’impose !

Jacques Cros

Anatole France Prix NOBEL 1921

Anatole France
Prix NOBEL 1921

 

 

« On croit mourir pour la nation mais on meurt pour des industriels »
Anatole France, républicain solidement anti-clérical, fait le procès des excès de la Terreur, qu’il impute d’ailleurs non pas tant à la Révolution elle-même qu’à la désespérante nature humaine.

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