Hold-Up financier en Grèce : SYRIZA , mon Amour !

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La très large victoire aux élections législatives grecques qui se sont tenues le dimanche 25 janvier constitue un évènement d’une ampleur considérable dont nous n’avons encore vu toutes les conséquences.
Pour la première fois en Europe depuis des décennies, arrive au pouvoir une force de gauche défendant une perspective de transformation sociale et écologique, se fixant pour objectif de rompre avec les politiques d’austérité mises en œuvre par les classes dominantes.
La victoire de Syriza pourrait donc accélérer fortement la remise en cause des règles obsolètes et insoutenables de la zone euro. Celle-ci ne survivra que si l’euro est mis au service du développement de l’emploi et de la transition écologique européenne.
Les changements nécessaires – idéologiques et institutionnels – sont si profonds qu’ils ne pourront se produire qu’au prix d’une crise politique majeure de l’Union.
Le changement politique en Grèce peut déclencher cette crise salutaire. Une déflagration telle, à laquelle la  clameur populaire et la liesse citoyenne pousseraient à écrire le script d’un nouveau « Syriza, mon amour ! »   et dont l’avant-première représentation pourrait avoir lieu lors des prochaines départementales des 22 et 29 mars prochains.

vignette logo "ensemble" Front de GaucheMais tout dépendra de la capacité des citoyen(ne)s  à se mobiliser pour empêcher que la Grèce soit étouffée. Il ne s’agit pas simplement de solidarité avec le peuple grec, mais du fait que notre sort se joue aussi en Grèce. La montée de l’extrême droite en Europe se nourrit de la guerre sociale menée pour appliquer les politiques néolibérales. Le choix n’est pas entre les politiques actuelles ou le repli nationaliste et xénophobe : pour sauver l’Europe il faut ouvrir d’autres voies. Il est de notre responsabilité de citoyens européens de les défricher avec nos amis grecs.

Thomas Coutrot (économiste, porte-parole d’ATTAC) et Pierre Khalfa (économiste, coprésident de la Fondation Copernic) mais aussi d’autres économistes comme Dominique Plihon et Marica Frangakis ont planché sur la dette de la Grèce.  (lire aussi : Syriza, une aubaine pour l’ Europe ?)

logo AttacUne étude d’Attac montre que les « plans de sauvetage » mis en œuvre par les institutions de l’Union européenne et les gouvernements européens sauvent les banques, pas la population.

c’est cette étude qui est publiée ci-dessous

Plans de sauvetage de la Grèce :
77 % des fonds sont allés à la finance

Depuis mars 2010, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont attribué 23 tranches de financement au prétendu « sauvetage de la Grèce », pour un total de 206,9 milliards d’Euros.

Ils n’ont cependant fourni presque aucune précision sur l’utilisation exacte de ces énormes sommes, provenant de fonds publics.

Dette de la Grèce !  ils ont dit « Dette » ? comme c’est bizarre !

Attac Autriche a entrepris une étude sur cette question de la dette  de la Grèce :
au moins 77% de l’argent du plan de sauvetage ont bénéficié directement ou indirectement au secteur de la finance.

Les résultats en détails :

  • 58,2 milliards d’Euros (28,13%) ont servi à recapitaliser les banques grecques au lieu de restructurer ce secteur trop grand et moribond de manière durable et de laisser les propriétaires des banques payer pour leurs pertes.
  • 101,331 milliards d’Euros (48,98%) sont allés aux créanciers de l’État grec. Parmi lesquels 55,44 milliards d’Euros ont été utilisés pour rembourser des bons du Trésor arrivés à échéance —au lieu de laisser les créanciers assumer le risque pour lequel ils avaient perçu des intérêts.
  • 34,6 milliards ont servi de prime d’incitation pour obtenir l’accord des créanciers sur la restructuration de la dette en mars 2012.
  • 11,3 milliards ont été affectés au rachat de la dette en décembre 2012, lorsque l’État grec a racheté des bons presque sans valeur à ses créanciers.
  • 43,7 milliards d’Euros (22,46%) ont alimenté le budget de l’État ou n’ont pu être clairement affectés.
  • 0,9 milliard d’Euros (0,43%) ont constitué la contribution de la Grèce au financement du nouveau fonds de sauvetage, le MES.

Sources  france.attac.org

« Le but des élites politiques n’est pas de secourir la population grecque mais de sauver le secteur financier.  Ils ont utilisé des centaines de milliards d’argent public pour sauver les banques et autres acteurs financiers —en particulier leurs propriétaires— de la crise qu’ils ont provoquée. » (Lisa Mittendrein d’Attac Autriche.)

Les élites politiques ont trompé le public en affirmant prendre des « mesures de sauvetage pour la Grèce .»

Les résultats du rapport d’Attac Autriche réfutent les affirmations publiques des institutions et chefs d’État européens, selon lesquelles c’est la population grecque qui a bénéficié desdits « plans de sauvetage ». C’est plutôt elle qui paie pour sauver les banques et les créanciers en subissant une brutale course à l’austérité, ainsi que les catastrophiques conséquences sociales que l’on sait.

En Grèce, des milliardaires et des fonds spéculatifs bénéficiaires des « sauvetages »

Parmi ceux qui ont bien été sauvés, on compte le clan multimilliardaire Latsis, l’une des plus riches familles grecques, qui détient en grande partie l’Eurobank Ergasias sauvée par l’État (1). Des spéculateurs en ont aussi profité : lors du rachat de la dette en décembre 2012, le fonds spéculatif Third Point a empoché 500 millions d’Euros grâce aux fonds publics européens (2). « Quand Barroso, le président de la Commission européenne, a qualifié le prétendu plan de sauvetage de la Grèce d’acte de solidarité (3), la question est : solidarité avec qui ? », note Dominique Plihon, porte-parole d’Attac France et professeur d’économie financière à l’Université Paris 13.

  • 34,6 milliards d’Euros supplémentaires en paiements d’intérêts
  • 43,6 milliards d’Euros tout au plus (22,46%) desdites « enveloppes de sauvetage » ont été affectés au budget de l’État. Il faut cependant comparer ce montant à celui d’autres dépenses de l’État au cours de la même période, qui n’ont pas bénéficié à toute la population :
  •  34,6 milliards d’Euros ont encore été versés aux créanciers en paiement d’intérêts sur des bons du Trésor en attente (du 2e trimestre 2010 au 4e trimestre 2012 (4)).
  • 10,2 milliards d’EurosEn outre, une autre enveloppe que l’État grec a affecté  au budget de la défense (2010 et 2011 (5)). Selon certains initiés, Berlin et Paris auraient pressé la Grèce de ne pas réduire ses dépenses militaires parce que cela aurait porté préjudice aux fabricants d’armes allemands et français (6).

Ce n’est pas le premier renflouement des banques.

« L’étude de nos amis d’Attac Autriche prouve que le prétendu sauvetage de la Grèce s’avère être un autre renflouement des banques et des riches particuliers » affirme Dominique Plihon. Les banques européennes ont déjà reçu 670 milliards d’Euros de soutien direct de la part de l’État (hors garanties) depuis 2008 (7). Pourtant le secteur financier reste instable en Grèce comme dans toute l’Europe. Ce que démontre une fois encore le récent versement de deux tranches supplémentaires destinées aux recapitalisations des banques pour 23,2 milliards d’Euros depuis décembre 2012.affich / dessin  tsipiras à la tribune de syrisa

Les élites politiques échouent à mettre en œuvre les régulations nécessaires…

Les coupes de l’État grec ont frappé si fort les banques locales que l’État est contraint à s’endetter à nouveau pour voler à leur secours avec un renflouement d’un milliard d’Euros. « Au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis le krach financier, les politiques européens n’ont pas réussi à réglementer les marchés financiers et à adopter un régime de faillite des banques. Aussi les contribuables sont-ils toujours contraints de venir en aide en cas de pertes, tandis que les propriétaires des banques s’en tirent en toute impunité.

« Les gouvernements doivent cesser de donner de telles opportunités de chantage au secteur de la finance » critique Dominique Plihon.

…  et volent au secours du secteur bancaire grec corrompu.

Ce qui est encore pire, c’est que les milliards du plan de sauvetage vont aux banques grecques, même si certaines d’entre elles ont recours à des méthodes douteuses pour remplir les conditions officielles d’éligibilité. En 2012, un rapport de Reuters a révélé les pratiques scandaleuses des banques utilisant un système de Ponzi basé sur des sociétés offshore pour donner un coup de pouce à des prêts non garantis de l’une à l’autre. Elles ont procédé de la sorte pour sembler être encore en mesure d’attirer des capitaux privés et répondre ainsi aux critères de recapitalisation par l’État (8).

« Alors que les élites politiques grecques et européennes exigent le sang et les larmes du peuple grec, elles ferment les yeux sur les accords secrets entre les oligarques financiers, qui sont en fait les principaux bénéficiaires de l’argent du sauvetage accordé à la Grèce », confirme l’économiste Marica Frangakis, membre de l’Institut Nicos Poulantzas d’Athènes et membre fondatrice d’Attac Grèce.

La manipulation opaque des fonds publics

« Les résultats de l’étude d’Attac Autriche révèlent que, depuis 2008, le principal objectif de la politique de gestion de la crise de nos gouvernements est de sauver les fortunes des plus riches.
Les élites politiques acceptent un énorme taux de chômage, la pauvreté et la misère pour sauver un secteur financier incurable.
Le gouvernement autrichien a, lui aussi, participé à cette ligne de conduite inhumaine pendant des années », ajoute Dominique Plihon.
Il est d’ailleurs inquiétant de constater que les responsables de la Troïka et du FESF rendent à peine compte de leur gestion des fonds publics.

« C’est un scandale que la Commission européenne publie des centaines de pages de rapport mais ne parvienne pas à préciser où l’argent est exactement allé,  nous appelons les responsables à imposer une réelle transparence et à indiquer à qui profitent véritablement les paiements. » explique l’économiste Dominique Plihon.

Le changement radical de politique se fait attendre

Un changement de cap radical se fait attendre dans la politique européenne de gestion de la crise.

« Nos gouvernements volent au secours des banques européennes et des riches à coups de milliards et de milliards de fonds publics tout en racontant à leurs électeurs que l’argent est versé à la population grecque. Cela doit cesser.
Les banques « too big to fail [1] » doivent être divisées et remises au service de l’intérêt public plutôt qu’à celui des profits privés. Les créanciers et les riches doivent payer leur part des coûts de la crise, tandis que le secteur financier doit être sévèrement réglementé.
Après les ravages de trois années d’austérité imposée, la Grèce a besoin, plutôt que d’enrichir l’oligarchie financière, de véritables mesures de secours qui profitent réellement à l’ensemble de la population ainsi que des mesures de financement pour le rétablissement de l’économie grecque »
revendiquent Dominique Plihon et Marica Frangakis.

D’autres détails qui interpellent…

En outre, l’enquête menée par Attac a mis en lumière plusieurs points qui interpellent dans le prétendu « plan de sauvetage de la Grèce » :

  • À plusieurs reprises, l’UE et le FMI sont revenus sur leurs déclarations et ont suspendu les versements promis pendant des semaines voire des mois pour faire pression sur la démocratie grecque : à l’automne 2011 pour empêcher la tenue d’un referendum sur la politique d’austérité ; en mai-juin 2012 pour augmenter les chances des partis amis de la Troïka lors des élections législatives. En suspendant les fonds promis, la Troïka contraint le gouvernement grec à émettre des obligations à court terme pour éviter la faillite imminente. Ces « bons du Trésor », arrivant à échéance en quelques semaines ou quelques mois, revêtent un taux d’intérêt plus élevé, ce qui augmente de fait la dette publique grecque. Une preuve de plus que la réduction de la dette n’est pas la principale préoccupation de la Troïka mais plutôt un prétexte pour poursuivre la destruction de l’État providence et des droits des travailleurs.
  • Une tranche d’1 milliard d’Euros versée en juin 2012 a essentiellement servi à financer la contribution obligatoire de la Grèce au remplaçant du FESF, le MES. Le FESF a ainsi financé son propre successeur —certes pas directement mais en accroissant la dette du gouvernement grec.
  • Klaus Regling, directeur général du FESF et du MES, a fait de nombreux allers-retours entre la politique et le monde de la finance au cours de sa carrière. Avant de rejoindre le FESF, il a travaillé tour à tour pour le gouvernement allemand, pour le fonds spéculatif Moore Capital Strategy Group, pour la Commission européenne comme directeur général aux Affaires économiques et financières, ou encore pour le fonds spéculatif Winton Futures Fund Ltd. Regling constitue ainsi un exemple symbolique de l’étroite imbrication des marchés financiers et de la politique, qui explique en partie pourquoi la politique de gestion de la crise de l’UE vise principalement à sauver le secteur de la finance.
  • Selon ses comptes annuels, la masse salariale du FESF s’élevait à 3,1 millions d’Euros en 2011 (9). Selon les médias, 12 personnes travaillaient cette année-là au FESF (10), soit une moyenne de 258.000 EUR dépensée par personne. Le directeur général Klaus Regling aurait gagné 324.000 EUR, plus un supplément de salaire par année (11). Ceux qui touchent de telles sommes contrôlent la réduction du salaire minimum brut mensuel grec à 580 EUR (510 EUR pour les jeunes) (12).

Sources

  1. Tagesschau (2012) : Milliardenhilfen für den Milliardär, 4 juin 2012
  2. Der Spiegel (2012) : Schuldenrückkauf : Hedgefonds verdient halbe Milliarde mit Griechenland, 19 décembre 2012 /
  3. Commission européenne (2010) : Statement of President Barroso following his meeting with Mr Georgios Papandreou, Prime Minister of Greece, 6 décembre 2010
  4. Eurostat (2013) : Comptes non-financiers trimestriels des administrations publiques, 16 avril 2013
  5.  Eurostat (2013) : Dépenses des administrations publiques par fonction (CFAP), 16 avril 2013
  6. Transnational Institute (2013) : Guns, Debt and Corruption. Military Spending and the EU crisis, 14 avril 2013
  7. Der Standard (2013) : Bankenrettungen kosteten EU-Staaten 670 Milliarden, 22 avril 2013
  8. Reuters (2012) : Special Report : Clandestine Loans were used to fortify Greek bank, 16 juillet 2012
  9. FESF (2011) : Financial Statements, Management report and Auditor’s report, 31 décembre 2011
  10. CNBC (2011) : EFSF : CNBC explains, 20 octobre 2011
  11. Die Welt (2012) : Fürstliche Gehälter : ESM-Chef verdient mehr als Bundeskanzlerin, 7 juillet 2012
  12. OCDE (2013) : Salaires minimum à prix courant en monnaie nationale, 16 avril 2013

Traduit de l’anglais par Muriel Carpentier, Coorditrad.

 

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2 commentaires

  1. la dette grecque en question sur le blog de Mélenchon (extrait ci-dessous) :
    Jean-Luc Mélenchon

    Et si on parlait de la dette grecque d’une autre manière que ce que font les puissants ?
    Extrait de ma dernière note de blog (http://bit.ly/1yPEnVr) :

    « Quand on entend dire “il faut rembourser la dette” la phrase est souvent un mensonge. Il faudrait dire “il faut payer les intérêts”. On comprend pourquoi cela n’est pas dit de cette façon… Car tout le monde serait tenté de s’interroger sur le taux d’intérêt payé et sur sa justification. Ce fait banal touche aussi au cœur de la doctrine financière. Car les taux d’intérêt usuraires sont imposés au nom du “risque de défaut”, non ? Bien sûr, ces taux augmentent le risque de défaut, c’est bien pourquoi ce système est absurde. Mais ce n’est pas le plus important ! Le plus important, c’est que si l’on fait payer un risque c’est donc qu’il est prévu aussi qu’il puisse se réaliser. Ceux qui ont saigné la Grèce au nom du risque ne peuvent protester quand il se concrétise ! »

  2. Le changement sera possible si les grecs montrent que l’on peut sortir de la la sociéte de consommation et que les société peuvent évoluer vers plus de responsabilité des habitants de la planéte en adoptants des alternatives
    Le site merci lombric est enfin devenu plus opérationnel .On apprend à produire de
    l’Humus et des vers du fumier On découvre les meilleurs fertilisants de la planète l’HUMUS et le nitrate naturel et en plus on apprend que les lombrics fournissent aux humains des protéines et grâce aux bactériophages qui sont dans leur tube digestif ce sont des acteurs de notre santé Une alternative qui aborde les toilettes sans stockage de matière fécale , qui aborde la culture des fruits et… légumes totalement hygiéniques qui aborde aussi la nourriture par exemple à Madagascar beaucoup d’urbains manquent de protéines QUI aborde enfin la santé qui est déficiente avec la défécation en plein air et souvent les latrines .. Retrouvons le chemin de la nature qui est bien plus douée que nous puisque toutes les déjections animales humaines sont transformés en humus sain dans le plus parfait hygiène

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