Sur les traces des muletiers : explorer les anciens chemins entre villages et forêts autour de La Salvetat-sur-Agout

18 décembre 2025

L’histoire des chemins muletiers dans les monts de l’Hérault


Dans la Montagne Noire et les monts du Somail, le maillage des chemins muletiers remonte parfois au Moyen Âge. Les premières routes carrossables, dans la région de La Salvetat-sur-Agout, datent seulement de la fin du XIX siècle (source : Archives départementales de l’Hérault). Avant cela, mulets et ânes étaient rois, transportant jusqu’à 150 kg de marchandises de ferme en ferme, de mas en hameau, par d’étroites calades empierrées, des drailles soulignées de murets de schiste ou de granite.

Certains chemins suivaient d’anciennes voies romaines – la présence de bornes milliaires a été attestée près de Nages (source : Centre d’Archéologie du Tarn) – tandis que d’autres furent créés au fil des besoins : pastoralisme, charbonnage, trafic saisonnier de sel et d’huile venant du littoral vers le Haut-Languedoc, ou encore migration des familles pendant la transhumance.

  • Distance totale estimée du réseau de chemins muletiers autour de La Salvetat-sur-Agout : plus de 120 kilomètres reliés entre villages, forêts et anciens colportages.
  • Perte d’usage : selon un rapport de la FFRandonnée, près de 35% de ces sentiers ont disparu ou sont à l’abandon après 1960, suite à la mécanisation de l’agriculture.

Pourquoi ces sentiers méritent-ils d’être découverts aujourd’hui ?


  • Un patrimoine rural méconnu : Certains chemins portent encore les traces d'encoches taillées par les semelles ferrées des animaux.
  • Un accès privilégié à des paysages préservés : Sentiers souvent bordés de murets, cabanes de bergers, granges en ruine, tout un patrimoine “petit” mais significatif.
  • Des itinéraires rarement empruntés : Peu balisés, certains tronçons offrent le plaisir des découvertes à la carte et l’impression d’une marche dans le temps.

Trois itinéraires majeurs pour explorer ces chemins muletiers autour de La Salvetat-sur-Agout


1. Sentier du Soulié à Nages, via Bois du Devès et hameau de Canabal

  • Distance : 13 km en boucle
  • Dénivelé : 340 m
  • Accessible : d’avril à novembre

Ce circuit emprunte une ancienne draille reliant deux villages du plateau : Le Soulié et Nages. Le départ a lieu devant la mairie du Soulié (780 m alt.). Le sentier débute par un chemin pavé dans le bois du Devès, longe une suite de murets moussus et traverse la “grande lande” – jadis utilisée pour l’estive. Au hameau de Canabal subsistent d’anciens abreuvoirs et une chapelle romane.

A l’approche de Nages : vue plongeante sur le lac et, à droite dans les taillis, quelques restes d’un four à charbon de bois du XIX (voir PNR du Haut-Languedoc). L’itinéraire est balisé jusqu’à Nages, mais la remontée à Canabal recoupe des chemins plus sauvages. Les muletiers utilisaient Canabal comme étape lors de l’acheminement du blé et du bois.

2. De La Salvetat-sur-Agout à Fraisse-sur-Agout, par le pont de la Voie Romaine

  • Distance : 16,5 km aller-retour
  • Difficulté : moyenne (montées raides entre Pradel et la Jasse)
  • Points d’intérêt : pont médiéval, “caussinas”, panorama sur le mont du Somail

Cet itinéraire est l’un des plus emblématiques du patrimoine muletier local. Il quitte La Salvetat par la D53 puis bifurque sur un sentier descendant vers le pont Vieux : un bel exemple d’ouvrage médiéval, dont les muletiers utilisaient la rampe pavée jusque dans les années 1940 (source : Inventaire patrimonial municipal). La “voie romaine” qui suit traverse forêts de hêtres et hauts pâturages, révélant ici ou là des “caussinas” : abris en pierre sèche typiques de la transhumance locale.

Arrivé à Fraisse-sur-Agout, retour recommandé par le même chemin pour savourer différemment les perspectives – ou via les crêtes pour gagner en altitude, selon l’orientation du vent (attention, sentier parfois mal entretenu).

3. Boucle des granges de Villeneuvette, forêts du Somail et vallée du Vialais

  • Distance : environ 18 km
  • Dénivelé : 410 m
  • Départ/arrivée : Parking du barrage d’Agut, à 5 km au sud de La Salvetat

Cet itinéraire moins connu s’enfonce dans la vallée du Vialais, typique du chevelu de chemins muletiers reliant jadis les fermes isolées au marché de Saint-Pons. On y croise plusieurs “granges à sept pentes” - forme architecturale rare (toiture en gradins, adaptée au stockage de foin sur de faibles surfaces). Après avoir longé le ruisseau du Vialais, la montée vers Villeneuvette dévoile successivement : une ancienne tuilerie, une stèle signalant l’extrémité d’une voie d’époque carolingienne, puis un secteur planté de hêtres séculaires.

En milieu de parcours, la forêt prend le dessus : on marche alors sur une partie de draille parfaitement lisible, balisée aujourd’hui par le Club Vosgien (collaboration inter-réseaux de sentiers, 2022).

Conseils pour bien marcher sur ces chemins oubliés


  • Préparer sa trace : sur IGNrando ou via les topoguides locaux ; le balisage est parfois discontinu.
  • Éviter la période neigeuse (fin décembre à mars), certains sentiers devenant piégeux voire impraticables.
  • Respecter barrières et portillons, nombreux autour des parcelles privées ou à usage pastoral.
  • Prendre de l’eau en quantité (peu de points de ravitaillement), une mini-pharmacie et s’équiper pour les averses (changement rapide de météo en altitude).
  • Télécharger la carte cadastrale ou consulter les sentiers “Petite Randonnée” du PNR (Haut-Languedoc).

À la rencontre du patrimoine vivant et des habitants


Les anciens insistent souvent : “Le chemin ne ment pas.” Un dicton des environs de Salvetat, à entendre comme une invitation à marcher lentement. Croiser un berger montant au mas de la Rédoune, discuter histoire locale avec les boulangers de Nages, goûter le pain frais de Fraïsse-sur-Agout, ou s’arrêter à la fête de la St-Etienne à La Salvetat (dernière semaine d’août) : autant d’occasions de tirer le fil de la culture muletière.

  • Le marquage des sentiers par la “croix de Salvetat”, gravée sur plusieurs pierres milliaires entre la Jasse d’Agout et le hameau de Bringué, reste visible (cf. délibération municipale de 1812).
  • À observer, selon la saison : floraisons de genêts, passage de troupeaux (en juin et septembre), vestiges de murs à “pierre sèche” remontant parfois au XVII siècle.

Pour aller plus loin : ressources et repères cartographiques


  • IGN Rando : cartes interactives et parcours balisés ou historiques.
  • Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc : fiches thématiques sur le patrimoine muletier.
  • Ouvrage de référence : “Sentiers du Haut-Languedoc – Histoire et randonnée” (Éd. Sud-Ouest, 2015).
  • Pour des questions, contacter l’Office de tourisme de La Salvetat-sur-Agout ou de Saint-Pons-de-Thomières.

Marcher ces sentiers, c’est accepter de remonter le temps, de comprendre un territoire autrement qu’à travers les panneaux touristiques. La main posée sur la pierre d’un vieux pont, l’odeur du bois mouillé dans une “grande lande” ou la surprise d’une ferme encore en activité : voilà ce que savent offrir les chemins muletiers de la région de La Salvetat-sur-Agout. Un patrimoine discret, mais d’une richesse à la hauteur des paysages traversés.

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